L’heure du bilan arrive et les affaires ne sont pas aussi florissantes qu’elles l’étaient par le passé. Le réchauffement climatique ne joue pas en votre faveur : moins de neige, c’est moins de vacances à la montagne, et c’est moins de marmottes en peluche vendues.

La demande est en recul net et votre compte de résultat est un peu piteux. Au niveau de la production, pour limiter les coûts, vous avez limité autant que possible les nouveaux ordres de fabrication. Vous avez utilement mis en place avec votre expert-comptable un chômage partiel. Les salariés sont un peu inquiets, ça se comprend, mais au final, c’était la meilleure chose à faire.

Votre usine n’est pas au bord de la faillite, mais les mesures s’imposaient. Si la situation s’éternise, il faudra envisager de mettre l’entreprise sous la protection de la justice (https://www.linkedin.com/pulse/d%C3%A9faillance-dentreprise-vous-pouvez-en-sortir-voulot-charly) mais pour l’instant, on n’en est pas là.

Vous entendez poindre le bruissement de la reprise, et les commandes recommencent doucement à arriver. Votre tableau de bord vous rassure : la valeur de votre stock est suffisante pour faire face à un accroissement d’activité les prochains temps.

Et ce qui devait arriver arriva : vous avez décroché un tout nouveau marché ! Tada !

Vous rentrez à la maison et sortez une bouteille de champagne de la cave pour fêter ça. Toute la petite famille se réjouit de vous voir à nouveau souriant. Car quand les marmottes ne vont pas bien, vous n’allez pas bien non plus. C’est normal.

L’heure est à la fête.

Vous autorisez les enfants à boire un peu de champagne pour l’occasion. Mélisse, votre fille de 13 ans, déteste l’alcool et verse subrepticement le contenu de sa coupe dans la gamelle de Loukoum, votre border collie, qui s’empresse de laper avec avidité ce bon breuvage sucré qu’il ne connaissait pas encore.

Pris dans l’euphorie du moment, vous commencez à discuter des projets d’avenir avec votre fils, Théo. Son ambition pour le théâtre n’a pas de limite et il s’imagine, artiste brillant et incompris, errer dans les théâtres parisiens jusqu’au jour où le rôle de sa vie dévoilera enfin son talent et lui ouvrira les portes de Broadway. Il a la larme à l’œil quand il évoque le Molière d’honneur qui lui sera remis à titre posthume, récompensant l’ensemble de l’œuvre d’un grand Monsieur du théâtre parti trop tôt.

Vous laissez l’adolescent à ses songes et trinquez une nouvelle fois avec votre épouse, Flora. Quelques mots doux échangés sur le bonheur d’être une famille réunie et le téléphone sonne. Furieux contre celui qui ose interrompre le moment de bien-être que vous attendiez depuis des mois, vous décrochez. C’est l’usine.

Votre responsable de production de l’équipe de nuit s’inquiète car il vient de voir la nouvelle commande et pour lui, le nombre de marmottes en stock est clairement insuffisant pour pouvoir y répondre.

Vous raccrochez, un peu dépité. Dès demain, il faudra tirer ça au clair.

Vous ne vous laissez pas abattre et vous versez le fond de votre verre dans la gamelle du chien qui quémande depuis vingt minutes. Tout le monde prend sa veste, car ce soir personne n’a envie de faire la cuisine : vous invitez toute la famille au restaurant.

 

Mais où sont les marmottes ?

Le lendemain matin, vous appelez Loukoum pour faire sa promenade matinale habituelle. Alors qu’il est généralement enjoué dans la perspective de sortir se défouler, vous notez qu’il a le pas particulièrement lourd ce matin. Vous remarquez aussi qu’il regarde avec un air soupçonneux et un peu écœuré la bouteille de champagne vide posée dans le panier de recyclage de la cuisine.

Une fois rentré, il se laisse tomber dans son panier et se rendort immédiatement.

Vous l’enviez l’espace d’un instant, mais trêve de rêverie, vous avez rendez-vous avec votre expert-comptable et votre responsable de production pour comprendre ce qui se passe dans votre stock et où sont passées toutes vos marmottes.

Vous vous installez en salle de réunion avec vos deux interlocuteurs.

Le responsable de production vous explique que comme indiqué par son collègue de la nuit passée, votre nouvelle commande de 10 000 marmottes modèle GRANDIOSA (celui avec les gros yeux et la casquette lumineuse) va être difficile à produire dans les temps.

Vous vous lancez dans un long discours sur le fait que vos salariés ne sont pas reconnaissants, que vous vous saignez aux quatre veines pour leur permettre d’exercer une activité professionnelle et d’avoir un salaire mais que personne ne veut faire d’effort. Votre responsable de production, particulièrement irrité d’avoir, lui aussi, été dérangé hier soir pour le problème se trouve quelque peu « agacé » par votre commentaire. Il vous demande si un piquet de grève général vous aiderait à mieux vous rendre compte des efforts qui sont faits par les salariés en ce moment.

Votre expert-comptable juge opportun d’intervenir avant que les marmottes commencent à voler à travers la pièce et calme les esprits.

« Combien de GRANDIOSA avez-vous en stock ? » demande-t-il.

« Environ 1 000. » répond votre responsable de production.

« Quel est le délai de fabrication de 9 000 marmottes supplémentaires ? » continue votre expert-comptable.

« Si on ne fait que ça, on peut en sortir 3 000 par semaine. Donc 9 000 pour dans deux semaines, ça n’est pas possible. Notre usine ne permet pas d’atteindre cette productivité. »

Votre expert-comptable se retourne vers vous : « Pourquoi as-tu donné un délai de livraison de deux semaines ? »

Vous prenez une grande respiration : « Parce que tous mes indicateurs me font dire que j’ai 5 000 GRANDIOSA en stock et donc que ça passe largement au niveau de la production. Il faudrait simplement qu’on se décide à ranger un peu l’entrepôt et on retrouverait plus facilement nos produits ! »

Piqué au vif, votre responsable de production s’emporte et vous suggère un endroit précis où pourraient être rangées les 4 000 marmottes auxquelles vous faites allusion.

Votre expert-comptable apaise une nouvelle fois la tension ambiante dans la pièce et demande à sortir un état de stock à jour du matin même. Le verdict tombe : vous avez 1 044 marmottes en stock pour un coût de production de 52 200 euros.

« Je vous l’avais bien dit ! » conclut votre responsable de production.

Incompréhensible.

Vous songez que le processus de production a changé et que désormais vos marmottes GRANDIOSA sont tissées de fil d’or. Vous vous êtes basé sur la valeur du stock Le coût unitaire de production d’une GRANDIOSA devrait être de 10 €. Or, là, il dépasse les 50 €.

Le responsable de production vous explique alors qu’il a réalisé beaucoup moins de production ces derniers temps faute de marché et donc que la part de charges fixes divisée par le nombre de marmottes est beaucoup plus forte. Que vous produisiez 100 marmottes ou 5 000, votre loyer n’est pas moins cher.

Votre expert-comptable vous explique alors que vous avez omis de retraiter l’impact de la sous-activité de la valeur de votre stock. Imaginez que vous ne produisiez qu’une marmotte, sa valeur en stock serait de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Vous comprenez alors que votre stock est surévalué. Or vous n’avez pas toujours tout compris dans les explications comptables des uns et des autres, mais s’il y a bien une chose dont vous êtes sûr, c’est que si le stock diminue, le résultat aussi. Donc, votre résultat de l’année qui n’était déjà pas folichon va encore se retrouver amputé d’une survaleur comptabilisée par erreur.

« C’est ça. » répond votre expert-comptable.

Vous coupez court à la réunion avant que l’on évoque le fait que vous avez refusé que votre expert-comptable travaille à vos côtés sur la fixation de vos coûts pour économiser l’honoraire empreint de retenue qui vous était justement demandé.

 

Conclusion

Fin du chômage partiel, vous devez produire des marmottes en masse et de toute urgence. Il vous a fallu négocier une avance de fonds avec votre banquier car fatalement, votre BFR a complètement explosé suite à ça.

Vous avez rappelé le client et avez plaidé des difficultés diverses et multiples justifiant un retard d’une semaine dans la livraison. Vous vous êtes engagé à livrer au moins la moitié au bout de deux semaines. Heureusement, votre client adore votre marmotte lumineuse et a accepté le délai supplémentaire.

Vous êtes allé encourager vos ouvriers car vous êtes conscient que la situation n’est pas évidente pour eux non plus : leur sort occupait depuis quelques temps une partie de vos nuits. Le tout était qu’ils le sachent. Le geste a été apprécié.

 

Vous rentrez à la maison, les choses sont rentrées dans l’ordre.

Théo vous annonce qu’il a décidé de rentrer au cours Florent après son bac.

Vous exprimez vos craintes devant la perspective que votre fils devienne intermittent du spectacle (le premier mot qui vous est venu est « saltimbanque » mais vous avez jugé utile de présenter les choses autrement).

Théo vous répond que l’utilisation de la métonymie d’intermittent du spectacle est une insulte à tous les artistes de France et va s’enfermer dans sa chambre. Dont acte, pensez-vous.

Loukoum est venu chercher du réconfort à vos côtés. La journée a aussi été difficile pour lui, semble-t-il.

Flora s’inquiète de la conclusion de la problématique de la disparition des 4 000 marmottes. Vous éludez le sujet : « Un truc de comptable… »

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